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  • Les leviers de la croissance française

    Cette session des Rencontres économiques du 5 juin 2008 abordait un thème d’actualité depuis 1975 comme le rappelait l’animateur, Didier Adès, de retour pour cette session… Mauvais diagnostic ? fatalité française ?

    Jean-Louis LEVET, directeur général de l’Institut de Recherches Economiques et Sociales (IRES), proposait de faire un diagnostique actuel de la croissance française, en commençant par s’interroger sur la nature de la croissance, et en rappelant qu’elle avance sur 4 roues : les ressources humaines, les ressources naturelles, la formation du capital (infrastructure…) et l’innovation. Le défi actuel étant d’assurer une croissance favorisant l’emploi et un développement humain et durable.

    La croissance moyenne mondiale se situe environ à 5% avec une émergence de nouveaux pôles dont la croissance est autour de 10% et une Europe qui a quitté la période de croissance dit des “trentes glorieuses” et qui cherche maintenant un nouveau modèle, et qui devrait aller vers un modèle plus créatif basé sur l’innovation, faire le choix d’une stratégie économique commune plutôt que de s’orienter vers une concurrence fiscale improductive.

    La France est passée en quarante ans d’une croissance moyenne de 5% par an à une croissance de 2% par an. Cela s’est traduit par un accroissement des inégalités dont les plus criantes comme l’augmentation des salaires des patrons du CAC40 de 61% en 2007 (voir (1)) (sans lien avec les performances des entreprises qu’ils dirigent) à un impact psychologique fort favorisant un climat de défiance général. De plus :

    • une majorité d’entreprises appliquent un modèle d’organisation production/vente du passé basé sur l’économie d’échelle,
    • ces entreprises n’investissent pas dans l’innovation,
    • Il n’y a pas suffisamment de lien entre entreprises et universités,
    • il n’y a pas suffisamment de PME entre 500 et 2000 personnes
    • les aides pour encourager l’innovation sont captés à 70% par les quelques entreprises de plus de 10000 employés
    • on dénombre 50000 organismes d’aide aux entreprises… pour 50000 PMI performante…

    Il est à présent essentiel de mettre en oeuvre une véritable stratégie économique en dépassant les idées reçues comme :

    • le bénéfice de la concurrence : sur certains champs la concurrence est néfaste et accroit les inégalités (comme la concurrence entre régions)
    • les conceptions du monde dépassées : les cerveaux à l’ouest et les jambes au sud… Les centaines de milliers de diplômés de l’enseignement supérieurs Indien et Chinois devraient nous permettre de remettre en cause cela facilement,
    • La substitution des services à l’industrie justifiant les délocalisations…

    L’essentiel de nos problèmes de croissance sont internes , ils concernent la formation initiale et la formation continue. Ils sont caractérisés par une rupture entre l’effort consentie et le résultat.

    Les intervenants suivants, Gilbert CETTE, directeur des analyses macro-économique et des prévisions à la Banque de France et Philippe AGHION, Professeur à Harvard, tous deux membres du conseil d’analyse économique, présentaient le rapport sur les leviers de la croissance française qu’ils ont co-écrit avec Elie COHEN et Jean PISANI-FERRY.

    Gilbert CETTE commençait par partir du constat d’une croissance insuffisante à 2%, en remarquant qu’il n’y a pas de déficit de demande interne. La comparaison internationale de la croissance potentielle, 1,9% pour la France, 2,8% pour les pays Anglo-Saxon, 2,5% pour les pays Scandinave, cette différence notable permettrait de financer aisément la protection sociale. La France pourrait mieux faire en augmentant l’input en travail et la productivité globale… Mais attention aux comparaisons internationales moins d’input en travail et plus de productivité se compensant.

    Aussi pour augmenter la croissance potentielle, une étude sur 17 pays de l’OCDE, entre 1985 et 2003 a été menée permettant de déterminer quelles sont les variables significatives :

    • investissement éducation supérieure près de la frontière technologique ;
    • Libéralisation du marché des produits puis du marché du travail
    • Variations de la durée du travail, du taux d’emploi et du taux d’utilisation

    Les finances publiques ne ressortent pas comme une variable significative.

    Les comparaisons avec les groupes de référence montrent que la proportion de diplômés dans la tranche 25 à 65 ans est de 24% en France, contre 38% dans les pays anglo-saxons et 34% dans les pays scandinaves et que l’effort financier vers l’enseignement supérieur est de 1,3% du PIB en France contre 2,8% pour les pays anglo-saxons et 2% pour les pays scandinaves.

    L’augmentation de la croissance potentielle par rattrapage des pays scandinaves amenerait un niveau de PIB à 3,9% en 15 ans (gains de 0,4% par an).

    L’effet de diminution des rigidités des marchés des biens et du marché du travail est moins impressionnant (l’écart est moins important au départ) mais produit un gain plus rapidement à 0,2% de PIB par an.

    Philippe AGHION prenait la suite pour présenter les réformes proposées dans le rapport :

    • Mobiliser la population en age de travailler :
      • concernant la durée du travail : privilégier l’accord par branche qui nécessite un véritable dialogue social et une très forte syndicalisation, la mesure sur les heures supplémentaires de la TEPA étant considérée comme contre productive à cause des effets d’aubaines…
      • concernant l’emploi des jeunes : favoriser le cumul emploi/étude par exonération de charge, l’effet insertion professionnelle étant très important
      • concernant les séniors : supprimer les desincitations à travailler, mener une véritable débat sur l’age de la retraite et la pénibilité du travail
      • concernant les peu qualifiés : développer le RSA, rendre la PPE plus attractive, favoriser la conciliation vie familiale et vie professionnelle
    • Meilleur fonctionnement du marché du travail :
      • Indemnisation plus généreuse et placement des chômeurs plus performant
      • Contrat de travail : réduire la conflictualité, les délais et les incertitudes
    • Libéralisation du marché des biens :
      • Réforme de la distribution (qui ne va pas assez loin dans le projet de loi actuel)
      • Ouverture des professions fermées
      • Favoriser le financement des PME : revoir le droit des faillites pour que les investisseurs ne soit plus les derniers créanciers, mettre en place un small business act (les marchés publics représentent 3% du PIB européens), réduire les garanties demandées aux entrepreuneurs.
      • Libéraliser les réseaux (eau, électricité, gaz…)
    • Revaloriser et réformer l’enseignement supérieur
      • En augmentant le budget consacré par étudiant : 4 fois inférieur en France qu’aux Etats-Unis
      • En donnant l’autonomie aux universités, mais en évaluant la performance de celles-ci et de leur Président qui ne devrait pas être élus par les professeurs mais par un collège (incluant bien sur des professeurs)
      • Contrairement aux idées reçues : ce ne sont pas les frais de scolarité et la privatisation qui font la différence, en Suède l’université est gratuite, publique ET autonome et évaluée
      • Le rattrapage des pays scandinave nécessite de consacrer 0,7% de PIB (9 milliards d’euros)
      • La réforme Pécresse ne va pas assez loin pour l’instant

    Ce qui a été sous-estimé par les gouvernants est le poids des lobbies pour qui les positions actuelles sont satisfaisantes, la nécessité d’un changement de mentalités qui veut dire un véritable investissement dans le dialogue social pour injecter de la confiance. Ce qui semblait bien parti avec les négociations syndicales en cours depuis le début de l’année, gâchée par la non transposition du compromis auxquels étaient arrivés les syndicats… voir (2)

    La TEPA a été mise en cause à plusieurs reprises comme une dépense improductive car agissant principalement sur la demande alors que c’est l’offre qui est problématique en France.

    Une question a été posée sur le rapport Attali (Philippe Aghion était aussi membre de cette commission) certaines dispositions sont reprises du rapport présenté. C’est une erreur selon lui de ne pas avoir présenté le coût des réformes comme la nécessité de compenser les libéralisations de certains marchés (comme les taxis par exemple) vers les acteurs qui vont avoir à assumer une transition délicate.

    Le coût des réformes représente 1,4% de PIB au maximun avec un cout net qui s’annule en 5 ans et un effet sur la croissance de 0,5% par an…

    La question que tout le monde se posait était bien sur… Mais pourquoi on ne le fait pas ?

    Deux articles du Monde daté du même jour en rapport avec les aspects ayant visiblement contrariés les trois conférenciers :
    (1) http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/06/05/patrons-pour-des-salaires-au-merite-par-philippe-maniere_1054179_3232.html

    (2) http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/06/05/pourquoi-le-gouvernement-traite-t-il-le-dialogue-social-par-le-mepris-par-francois-chereque_1054176_3232.html

  • Données personnelles : risques et opportunités

    Voici le thème de cette table ronde organisée par le Club Sénat animée par son Secrétaire général adjoint Jean-Rémi GRATADOUR :

    Maître Alain BENSOUSSAN, avocat, Cabinet Bensoussan, auteur de « Informatique et libertés » (Francis Lefebvre), commentera l’évolution juridique du concept de données personnelles sur Internet.

    Monsieur Jérôme BOUTEILLER, rédacteur en chef de Neteco, co-auteur de « Bienvenue sur Facebook ! Le mode d’emploi » (Albin Michel), évoquera le rôle des données personnelles dans la stratégie marketing et commerciale de Facebook.

    Monsieur Jean GONIÉ, responsable des Affaires institutionnelles de Microsoft France, présentera les principes de respect de la vie privée de Live Search et de la publicité en ligne ciblée.

    A l’issue de ces échanges, il sera proposé à Madame Sophie TAVERNIER, Directeur des Affaires juridiques, internationales et de l’Expertise de la Commission nationale de l’Informatique et des libertés, de reprendre les éléments de la discussion, de présenter sa perception des évolutions et le rôle désormais joué par la CNIL.

    Difficile de restituer l’habileté oratoire d’Alain Bensoussan, cet “amoureux” de la loi de 78, comme il se qualifie lui-même, “déçue” comme aurait dit le président de la CNIL, décrit l’évolution de la loi en insistant sur l’inversion : “moins d’exigence pour le secteur public” (qui était vu comme le big brother en puissance à l’époque) et “plus d’exigence pour le secteur privé” (dont on avait certainement pas anticipé les capacités de traitement/croisement… de fichier à l’époque de la rédaction du texte)… alors même que le secteur public fabrique le passeport biométrique…

    (more…)

  • Assises du numérique

    Les assises du numérique ont été ouvertes ce jeudi 29 mai 2008. Beaucoup de choses ont été dites sur ce sujet, j’avais simplement envie de revenir sur quelques moments :

    • Le discours d’ouverture d’Eric Besson : plan pour le développement du numérique pour la fin juillet, 27 axes de travail, 90 chantiers, un site collaboratif : http://assisesdunumerique.fr
    • Le discours d’ouverture de Viviane Redding : Beaucoup d’enthousiasme ! Même lorsqu’elle rappelle à la France ses obligations en matière de déficit, ou que la présidence de l’Europe lui revient dans quelques jours… Le numérique est une opportunité de développement… accès pour tous (40% de personnes n’ayant pas accès à Internet), contenus pour tous, leadership dans le mobile à conserver en prenant les bonnes décisions de libération de fréquence permettant de rééditer le succès du GSM, émergence d’un régulateur européen avec un véritable pouvoir permettant de dépasser le niveau du plus petit dénominateur… Annonce du lancement de Europeana pour novembre 2008 2 millions d’œuvres accessible à tous !!
    • L’Internet 3.0 ou on parle à nouveaux du potentiel de partage et d’échange qu’apportent les technologies numérique, l’envie de publier les ressources pédagogiques pour aller vers une formation pour tous…

    Bien d’autres choses au cours de cette journée très dense laissant peu de place aux contributions et commentaires de l’assistance.

  • Civilisation du numérique

    Civilisation du numérique : Controle et responsabilisation

    C’est le titre de la conférence que Joël de Rosnay a donnée le 28 mai à la Cité des Sciences, j’avais suivis les précédentes conférences du cycle : “En 2030, vivrons-nous en réseau ?” en différé et par Internet… Cette fois, j’avais fait le déplacement, et quel plaisir, simple, vivant…

    Si vous ne l’avez pas fait, regardez cela !

    Je ne vous en ferais pas le résumé, mais je ne résiste pas à l’envie de vous livrer un des aspects qui m’a semblé essentiel : il est temps de changer les modèles économiques du numérique ! Il est temps de prendre en compte la transformation que permet le numérique et de revoir nos modèles afin de prendre en compte cette transformation (plutôt que d’essayer de durcir, de protéger, de faire durer des modèles qui sont appelés à disparaitre… la radio n’a pas tué la musique, les photocopieuses n’ont pas tué le livre, la télévision et le DVD n’ont pas tué le cinéma…)

    Finalement une très bonne proposition pour cette journée d’ouverture des assises du numérique !

  • Le droit à la fibre, les enjeux du projet de loi Très Haut Débit

    C’est le thème de la table ronde organisée par le Club Sénat le 15 mai 2008.

    Le Sénateur Bruno Retailleau, membre de la commission sur le dividende numérique (libération de fréquences hertzienne par l’extinction de la télévision analogique) présentait les enjeux du projet de loi sur la modernisation de l’économie.

    Maxime Lombardini, Directeur général du groupe Iliad (Free), abordait le point de vue de l’opérateur “alternatif” sur la mise en place du réseau (demande de règlementation, demande de régulation, quatrième licence “mobile”…)

    Dominique Roux, Président de Bolloré Télécom, professeur à l’université Paris-Dauphine, après avoir interrogé sur ce qu’était le très haut débit (à partir de combien on ajoute “très”, cela doit être plus que 100 Méga, débit déjà offert par le cable) posait la question de l’intérêt (quels services offerts) et de l’économie d’un tel projet. En tant qu’opérateur de haut débit mobile (wimax) la question de l’alternative à la fibre pour les zones ou la densité de la population rend économiquement peu viable l’installation de fibre était évidement d’importance. Surtout qu’elle apporte l’atout de la mobilité !

    La question de la mutualisation de l’infrastructure a été abordée sous plusieurs angles :

    • celle du fil de cuivre – réalisée avant – qui permet à une bonne partie du pays de bénéficier du haut débit,
    • celle de la fibre, sous l’angle “n’est-ce pas ridicule de devoir passer 5 fibres dans la même rue”,
    • celle de la fibre encore car les propriétaires et gérants d’immeuble s’inquiètent de la non-mutualisation dans l’immeuble,
    • celle des infrastructures mobiles, sur le thème “il n’y a pas de place pour un nouvel entrant” les infrastructure sont trop couteuse à déployer…

    Sous un angle “écologique” déployer plusieurs fois des infrastructures similaires me semblent très négatif… Le problème est bien de confier à un acteur la mise en oeuvre d’une infrastructure mutualisée et de s’assurer que l’on puisse réellement batir des offres de services concurrentes sur cette infrastructure…

  • Comment assurer l’efficacité des politiques de retour à l’emploi ?

    C’est cette difficile question que proposait de traiter les rencontres économiques du 6 mai 2008. Didier Adès étant souffrant, il était remplacé par Martin Piétri de l’IGPDE à qui il revenait d’assurer le difficile rôle d’animateur.

    Cette session se composait de trois interventions et était conclue par une table ronde. Jean-Baptiste de Foucauld, Inspecteur général des Finances, Président du groupe de travail “Définition d’indicateurs en matière d’emploi, de chômage, de sous-emploi et de précarité de l’emploi, Président de “Solidarité nouvelles face au chômage” (http://www.snc.asso.fr/ ) association qu’il a fondée en 1985 et qui propose un accompagnement personnalisé aux demandeurs d’emploi, cet accompagnement est réalisé par des bénévoles, dans certains cas un emploi peut-être créé au sein d’une association pour accueillir un demandeur d’emploi.

    Quels chiffres ? Quelles décisions ?

    Jean-Baptiste de Foucauld commençait son exposé par interroger les chiffres du chômage, en rappelant l’énorme différence entre le nombre d’inscrits à l’ANPE (qui est le chiffre suivi politiquement chaque mois, 1897300 personnes en décembre 2007) et le nombre de chômeurs au sens du Bureau International du Travail (BIT) que publie l’INSEE chaque trimestre (7,5% de la population active au quatrième trimestre 2007, soit 2,1 millions de personnes), l’INSEE publie 2 indicateurs complémentaires, 2,7 millions de personnes ne travaillent pas mais souhaiteraient travailler et au sein de la population active 5,6% sont en situation de sous-emploi, soit 1,4 millions de personnes. Ainsi le taux d’emploi des personnes de 15 à 64 ans est de 64,8% et le taux d’activité est de 70,1%. L’attention politique sur un chiffre en particulier fait courir le risque de décisions néfastes, par exemple : « avec la création de nombreux emplois à temps (trop) partiels, je diminue le chiffre du nombre de chômeur, mais je fabrique des travailleurs pauvres… »

    Pourquoi y a-t-il du chômage ?

    (more…)

  • Ce n’est pas eux et nous, c’est toi et moi

    «Ce n’est pas eux et nous, c’est toi et moi»: le 9 mai, des milliers de personnes vont fêter la diversité culturelle de l’Europe

    Voici le thème de la 22ème fête de l’Europe ! Bonne fête !

    à voir sur Europa.eu

    et sur feteleurope.fr

  • Les TIC en mai (la suite)

    Avant les vacances de printemps, j’avais écrit un petit billet pour présenter deux évènements « TIC » du mois de mai… Je n’osais pas regretter ici le fait que celui du 29 mai tic-croissance.com réunissait un public limité à 300 personnes payant environs 300 euros et que la représentation était limitée à une partie des acteurs du numérique.

    Surprise donc quelques jours plus tard, lorsque l’évènement s’est transformé en « assises du numérique », et réunira 1200 personnes gratuitement… Coup d’œil à la représentation qui s’enrichie, on perd certes quelques ministres, remplacés par leurs secrétaires d’Etat, mais on invite l’April à la table ronde sur l’administration électronique, ce qui permettra peut-être d’exprimer d’autres points de vues que celui de Microsoft. Dommage qu’il y est autant de grands groupes, et si peu de petits, si peu de leurs représentants, pas de Syntec, pas d’Adullact, de FNILL ou de Cigref… Et cela continue d’évoluer ! Maintenant, les assises seront prolongées en juin pour pouvoir présenter le rapport au mois de juillet.

    De bonnes nouvelles donc… A vos contributions !

    http://www.assisesdunumerique.fr

  • Que faire de l’héritage ?

    Pour être plus précis : que faire de notre héritage culturel ? Quelles actions mener pour donner accès à cet héritage culturel d’une incroyable richesse et diversité dont nous disposons en France ? Quelles actions mener pour assurer sa pérennité et permettre son enrichissement continu ?

    L’accès à cet héritage culturel est le premier point à aborder, pas seulement parce que nos catalogues (les œuvres qui sont exposées, visibles) ne représentent qu’une infime portion de ce dont nous disposons dans nos fonds (les caves de nos musées), mais aussi parce que l’accès à cet héritage nécessite des connaissances préalables acquises par une faible proportion de la population. Faible proportion, qui explique probablement la faible fréquentation des lieux de culture.

    Culture pour tous ?

    Certains lieux d’exposition, proposent déjà des « formules » adaptées à différentes catégories de visiteurs (visite guidée pour les enfants, expositions spécialisées par tranche d’age). Ces efforts contribuent à une part de leurs succès, augmentant leur notoriété, et à partir de là leur fréquentation, et donc leurs ressources. La question, pour beaucoup de lieux, est : comment disposer des ressources initiales permettant d’entrer dans cette dynamique ?

    L’INA, en donnant l’accès à une partie des ces archives sur Internet, a trouvé les ressources lui permettant de garantir pour l’avenir sa mission de conservation et préserver ainsi une partie du patrimoine en danger. L’intérêt de ce site réside d’ailleurs dans l’animation qui est faite autour d’un catalogue d’une grande richesse, permettant au visiteur de découvrir, en flânant, quelques trésors…

    Numérisation, publication, animation, sont des premières pistes pour amener de nouveaux publics à profiter de notre héritage culturel. L’expérience de l’INA laisse penser que les ressources pour poursuivre la numérisation pourraient provenir de ces spectateurs. A condition de savoir amener les moteurs de recherches à proposer ces nouvelles ressources numériques, ce qui sous-entend d’enrichir les œuvres de contenus, d’actualités et pourquoi pas des ressentis des visiteurs.

    Du virtuel au réel…

    Au-delà ce ces nouveaux visiteurs virtuels à qui l’on fait découvrir des thèmes, des œuvres… de nouvelles façon de s’exprimer… Comment les amener à choisir d’employer leurs temps libres dans les lieux d’exposition. C’est en sachant répondre à des questions aussi diverses que la diversité du monde que nous pourrons les amener à envisager le parcours dans un musée comme leur premier choix.

    Un exemple ? Je pose la question à un ami… 35 ans Marié, 2 enfants de 5 et 7 ans… Un musée ne serait pas vraiment le premier choix, sauf… si il y a un site Internet qui rassure sur la possibilité de visite guidée pour les enfants de cet age (comme au Louvre), il faudrait que ce ne soit pas trop loin de chez lui, qu’il y ait des possibilités de restauration sur place ou à proximité… Ah ! Encore une chose, son épouse apprécie l’art pictural, il a une nette préférence pour le concret, les choses utiles… Vous avez la réponse ?

    Certitude de passer un bon moment

    Cette réponse, il faut que le visiteur lui accorde sa confiance. Bien sur cette confiance viendra avec l’expérience : « vous m’avez conseillé cela, j’ai passé un bon moment, alors je suis prêt à suivre à nouveau votre conseil ». Les mécanismes de recommandation utilisés par certains marchands en ligne pourraient être d’une grande aide pour améliorer la qualité des réponses apportées par un tel service.

    Le partage des opinions, avis, ou même au-delà, de travaux d’études ou de recherche permettra peut-être aussi de faire émerger de nouveaux talents ou de nouvelles approches. La coordination de travaux scolaires par des professeurs pour enrichir les éléments de base de notre patrimoine serait un parmi tant d’autres exemples possibles, sous réserve que les solutions techniques nécessaire à cette production collaborative soient disponibles. Ces travaux d’enrichissement pourraient être l’occasion de renforcement de lien entre les générations, en encourageant la co-production entre des scolaires et des personnes âgées échangeant sur un patrimoine local facilement accessible pour eux.

    Ce serait évidement l’occasion de rassembler autour des visiteurs les connaissances et l’expertises de professionnels aux métiers très différents : archéologues, conservateurs, archivistes, architectes, urbanistes… qui chacun dans sa spécialité dispose d’information d’une incroyable richesse sur les trésors proches de nous.

    Numériser le patrimoine, l’Enrichir d’informations complémentaires, et le Partager le plus largement possible… Le partage d’information comme moteur d’accès à notre héritage culturel, ça vous tente ?

  • Les TIC en mai

    Deux évènements à noter sur les calepins pour la fin du mois de mai :

    1. Les assises nationales des TIC du secteur public qui se tiendront les 21 et 22 mai à Nice : www.assises-tic.com avec la participation de nombreuses organisations de l’Etat et des collectivités.
    2. Les TIC levier de croissances et de compétitivité conférence qui se tiendra à Paris le 29 mai, et qui verra l’intervention de 8 ministres depuis la politique industrielle en passant par les usages publics et privés : www.tic-croissance.com
  • Que valent les prévisions économiques ?

    Le cycle des rencontres économiques organisé par l’IGPDE vient de reprendre ce jeudi 3 avril. Le thème d’ouverture est curieusement d’actualité (pour un sujet sélectionné une année auparavant) comme le faisait remarquer l’animateur Didier Ades en rappelant que si les prévisions économiques ont un caractère fondamental par les décisions qu’elles entraînent, elles n’ont rien d’une science exacte…

    Il y a en effet eu beaucoup de questions posées autour de la révision de prévision du PIB français juste après les élections. Ce que j’ai appris lors de ces rencontres, c’est que nous ne saurions la vérité sur ce chiffre qu’en mai 2011 lors de la publication des comptes définitifs pour l’année 2008 avant cela tout ne sera que prévisions basées sur des données incomplètes.

    Denis FERRAND, Directeur de la conjoncture et des perspectives de Coe-Rexecode, avait la charge d’introduire cette conférence en présentant les Principes et réalités des prévisions économiques. Son propos était de rappeler que la prévision est une affaire de conteur, dont on pourra mesurer l’habilité à la qualité de l’histoire qu’il va raconter. Ce que l’on demande au prévisionniste est d’évaluer différents scénarii possibles puis de s’engager sur un scénario.

    Alain CHAPPERT, Directeur des Etudes et Synthèses Economiques de l’INSEE, venait présenter les deux métiers de l’Institut : la production d’information (sur lesquelles vont s’appuyer les prévisionnistes) et les prévisions à court terme avec la publication de notes de conjoncture. Il rappelait le cycle de révisions des comptes publiés par l’INSEE, depuis les comptes trimestriels publiés 45 jours après la fin du trimestre, aux comptes provisoires publiés en mai de l’année suivante, aux comptes semi définitifs publiés en mai deux années plus tard, jusqu’aux comptes définitifs publiés en mai trois années plus tard. Première surprise donc, il faudra presque 3 ans et demi pour connaître le véritable chiffre du PIB dont la croissance nous préoccupe chaque trimestre…

    Alain CHAPPERT rassurait l’auditoire en précisant le niveau de révision depuis 94 du PIB trimestriel… niveau en moyenne de 0,27 points par trimestre… comparé au PIB de 0,5 pts par trimestre environ (sur un rythme de 2 % annuel, c’est assez effrayant !) Cette incertitude a d’ailleurs donné lieu à des discours politique en décalage complet avec la réalité, l’histoire d’une révision de prévision de croissance à la baisse (qualifiée de trou d’air par le ministre de l’époque) contredite nettement plus tard par une croissance du double de la prévision. C’est la part de subjectivité et l’absence de transparence de la méthode d’évaluation qui pourrait être mise en cause.

    Cette évaluation en partie subjective du PIB, servant de base à des décisions politiques de première importance, pourrait être un argument supplémentaire à ce qui souhaite l’utilisation d’autres indicateurs prenant en compte les externalités des flux monétaires.

    Philippe Bouyoux, Directeur des politiques économiques à la DGTPE prenait le relais des représentants de l’Etat de cette conférence. Il remarquait que si les travaux de prévision de l’INSEE se traduisent par une note de conjoncture à 6 mois, les travaux de la DGTPE sont annexés aux projets de loi de finances et ont donc une portée plus longue. Ces travaux ont pour objectifs le cadrage des décisions budgétaires et l’identification de points faibles dans l’économie. Il notait toutefois que certains évènements peinent à être explicités par les modèles développés en citant en exemple la baisse des exportations qui reste en bonne partie inexpliquée (les composantes habituelles d’une fluctuation des niveaux d’exportation n’expliquent pas les baisses constatées… sur les chiffres prévisionnels… la réalité rejoindra peut-être le modèle ?). La DGTPE réuni un groupe technique de prévisionnistes du secteur privé afin de comparer ses prévisions, groupe technique auquel participe Mathilde LEMOINE, Directeur des études économiques et de la stratégie marché de HSBC qui concluait les sessions de présentation avec le titre « Comment penser l’imprévisible ? ». Elle revenait sur la nécessité de courage et de constance pour résister aux pressions de différentes natures, internes et externes, qui peuvent peser sur le prévisionniste. Elle donnera d’ailleurs une vision de la fiabilité des prévisions lors de la table ronde en expliquant le concept de « biais », positif ou négatif, qui lui permettent d’inciter les clients à se diriger vers le marché français plutôt qu’un autre par exemple.

    Une dernière anecdote pour terminer, à la question de l’animateur sur le niveau du taux de change euro/dollars dans un an, la prévisionniste d’HSBC expliquait les paramètres à prendre en compte : politique monétaire, élections… celui de la DGTPE coupait court en indiquant que leur méthode était de retenir la moyenne des trois dernières semaines, méthode qui cumulait les deux avantages de ne pas révéler de politique monétaire et de ne pas être plus mauvais que des modèles biens plus sophistiqués…

    A la question de savoir comment se diriger vers des comptes définitifs au trimestre, la réponse a été que cela ferait peser une charge complémentaire sur les entreprises ??? Les mêmes entreprises qui tiennent leurs comptes pour des motifs de bonne gestion ou d’obligation sociales ou fiscales ? A l’heure ou les comptes des entreprises sont massivement informatisés, et à l’heure du décisionnel (la Business Intelligence) cela ne me semble pas un argument très solide…

    Incertitude, révision, subjectivité, biais… à la question « que valent les prévisions économiques ? » titre de cette conférence, je crois que les participants avaient acquis une opinion plutôt tranchée, s’orientant vers le zéro…

    Première session de ces rencontres économiques 2008 passionnante donc ! A bientôt pour la suite…

  • Au-delà du PIB le bonheur ?

    Je reprends ici le titre de l’analyse de Marine Boisson, Département Questions sociales et Céline Mareuge, Département des Affaires économiques et financières, du Centre d’analyse stratégique parue dans la note de veille numéro 91, datée de février 2008.

    En cette semaine du développement durable, plusieurs voix s’élèvent pour interroger les indicateurs utilisés pour les décisions politiques. Le plus connu de ces indicateurs, celui qui est invoqué le plus régulièrement est le PIB, ou Produit Intérieur Brut, dont la Croissance nous apportera implicitement le bonheur.
    Le résumé proposé par les auteurs de cette note est :
    « L’adage populaire selon lequel « l’argent ne fait pas le bonheur même s’il y contribue » s’est trouvé confirmé depuis une trentaine d’années par les enquêtes montrant une dissociation relative entre progressions du niveau de vie et de la satisfaction des individus. Il s’en est suivi un foisonnement d’indicateurs alternatifs au produit intérieur brut, censés être plus aptes à mesurer le « vrai » progrès et à guider les politiques publiques. Toutefois, amender ou compléter le PIB, dont la cohérence reste avérée, n’est pas si aisé. Cette note montre les difficultés rencontrées, les choix explicites ou sous-jacents à cette entreprise, que même les approches objectives, y compris la neuroéconomie, ne peuvent éviter. »

    Les indicateurs alternatifs évoqués dans la note sont par exemple ceux du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), comme l’IDH (Indice de Développement Humain), IPH (Indice de Pauvreté Humaine). Une liaison avec des indicateurs de mesures des inégalités puisque comme le remarquait dés les années 20, le créateur de l’ancêtre du PIB, l’apport de revenu complémentaire à un impact très différents en fonction du revenu initial (en caricaturant si Bill Gates gagne 10000 euros de plus, il ne le remarquera pas… alors que pour la plupart de nos concitoyens etc…).

    Et pour vous donner envie de lire cette note, j’extrais un autre élément de la conclusion :
    « La question du point de vue collectif ne serait pas tant de garantir un droit au bonheur qu’une organisation qui favorise sa poursuite. Une vision sociale positive pour le XXIe siècle est notamment offerte par la théorie des « capabilités », développée par Amartya Sen et relayée par un nombre croissant d’acteurs institutionnels (PNUD, Commission européenne, OCDE, etc.). »

    En avant donc pour une amélioration continue équilibrant les trois composantes du développement durable : Environnement, Social et Economie.

    http://www.strategie.gouv.fr/rubrique.php3?id_rubrique=12